La production de nouveaux crédits à l'habitat a atteint 12,2 milliards d'euros en août 2026, hors renégociations et en données corrigées des variations saisonnières, contre 11,1 milliards en juillet, selon les statistiques publiées par la Banque de France le 6 octobre. Le taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat, hors renégociations, s'établit à 3,32 %, après 3,30 % en juillet. Il a progressé de 24 points de base depuis le début de l'année.
Ces chiffres dessinent un marché du crédit qui résiste, malgré la remontée des taux et le climat d'incertitude. La production mensuelle oscille depuis la fin de 2025 dans une fourchette comprise entre 10,9 et 13,2 milliards d'euros, sans tendance nette à la hausse ni à la baisse. Les banques continuent de prêter, mais la demande des ménages reste contrainte.
Les chiffres d'août 2026
| Indicateur | Juillet 2026 | Août 2026 |
|---|---|---|
| Taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat, hors renégociations | 3,30 % | 3,32 % |
| Production de nouveaux crédits à l'habitat, hors renégociations, corrigée des variations saisonnières | 11,1 Md€ | 12,2 Md€ |
Pour mémoire, la production avait atteint 13,2 milliards d'euros en juin, le haut de la fourchette observée depuis la fin de 2025. Le recul de juillet, puis le rebond d'août, s'inscrivent dans ces oscillations.
Une hausse des taux lente mais continue
Le taux moyen des nouveaux crédits à l'habitat a gagné 24 points de base depuis janvier 2026. La progression est régulière, de quelques centièmes de point par mois, sans à-coup comparable à celui de 2022 et 2023, lorsque les taux avaient augmenté de plus de deux points en dix-huit mois.
Cette évolution est cohérente avec les données de l'Observatoire Crédit Logement/CSA, qui mesurait un taux moyen de 3,31 % en août, hors assurance et coût des sûretés, après une stabilité autour de 3,23 % de février à juin. Elle s'explique par le resserrement de la politique monétaire de la Banque centrale européenne, qui a relevé ses taux directeurs en juin puis en septembre, et par la tension sur les taux des emprunts d'État.
La décision de la BCE du 10 septembre, qui a porté son taux de dépôt à 2,50 %, n'est pas encore intégrée dans les chiffres d'août. Les données de septembre, attendues début novembre, devraient refléter une nouvelle hausse. Les ressorts de la politique monétaire sont présentés dans notre rubrique Crédit & Financement.
Comment la Banque de France mesure le crédit
Les statistiques de la Banque de France sont issues des déclarations des établissements de crédit installés en France. Elles couvrent l'ensemble des crédits accordés aux ménages pour l'acquisition ou la rénovation d'un logement, quel que soit le mode de garantie. Elles distinguent plusieurs indicateurs :
- la production de nouveaux crédits, c'est-à-dire le montant des prêts accordés au cours du mois ;
- les renégociations, présentées séparément ;
- le taux moyen des nouveaux crédits, pondéré par les montants, qui inclut les crédits à taux fixe et à taux variable ;
- l'encours, c'est-à-dire le montant total des crédits restant à rembourser par les ménages.
Les données de production sont corrigées des variations saisonnières, pour tenir compte du fait que certains mois, comme août, sont traditionnellement moins actifs. Cette correction permet de comparer les mois entre eux. Les données sont publiées avec un décalage d'environ cinq semaines et peuvent être révisées le mois suivant.
Une production encore éloignée des niveaux passés
Les montants mensuels observés depuis la fin de 2025, entre 10,9 et 13,2 milliards d'euros hors renégociations, restent nettement inférieurs à ceux des années de taux très bas. La chute de la production en 2023, liée à la hausse rapide des taux et au blocage de nombreux dossiers par le taux d'usure, a laissé une empreinte durable. La reprise de 2024 et 2025 a permis de remonter depuis ce point bas, sans retrouver les volumes antérieurs.
Cette situation s'explique aussi par la hausse des prix intervenue entre 2015 et 2022, qui a renchéri le coût des logements par rapport aux revenus, et par les règles d'endettement fixées par le Haut Conseil de stabilité financière, qui limitent la mensualité à 35 % des revenus et la durée à 25 ans. Selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, la durée moyenne des prêts atteignait 21 ans en août 2026, un niveau élevé qui laisse peu de marge pour compenser la hausse des taux par un allongement supplémentaire.
Le rôle croissant des courtiers
Dans un marché plus sélectif, une part importante des dossiers de crédit transite par des courtiers en opérations de banque. Ils mettent en concurrence plusieurs établissements, préparent les dossiers et négocient les conditions. Leur rémunération, versée par la banque et souvent par l'emprunteur, doit être mentionnée et intégrée dans le TAEG lorsqu'elle est à la charge de l'emprunteur.
Les baromètres publiés par les courtiers reflètent les meilleures conditions obtenues pour leurs clients, souvent inférieures aux moyennes de marché mesurées par la Banque de France. Ils réagissent aussi plus vite aux changements de barèmes des banques, ce qui en fait des indicateurs avancés utiles, à condition de ne pas les comparer directement aux statistiques officielles.
Pourquoi la production résiste
Plusieurs facteurs expliquent que la production de crédits se maintienne malgré la hausse des taux.
Des besoins de logement persistants. Les mobilités liées à la vie familiale et professionnelle (naissance, séparation, mutation, départ en retraite) continuent de générer des achats, indépendamment de la conjoncture.
Une hausse des taux encore modérée. À 3,3 %, le niveau moyen des taux reste nettement inférieur au pic de la fin de 2023. De nombreux ménages qui avaient reporté leur projet pendant la phase de hausse précédente ont pu le concrétiser en 2025 et au premier semestre 2026.
Des banques qui veulent prêter. Le crédit immobilier reste un produit d'appel pour les banques, qui l'utilisent pour conquérir de nouveaux clients. Elles ont jusqu'ici répercuté avec retenue la hausse de leurs coûts de financement.
Un marché de l'ancien qui fonctionne. Selon l'indice Notaires-Insee, environ 958 000 logements anciens ont été vendus sur les douze mois allant jusqu'à fin juin 2026. Ce volume reste supérieur au point bas de 2024.
Mais un marché qui ne retrouve pas son dynamisme
La stabilité de la production ne doit pas masquer sa faiblesse relative. Les volumes de crédits restent nettement inférieurs à ceux des années de taux bas, avant 2022. Et plusieurs signaux invitent à la prudence :
- les prix de l'ancien reculent : -1 % au deuxième trimestre 2026 selon l'indice Notaires-Insee, ce qui traduit une demande moins soutenue ;
- le marché du neuf est en crise : les promoteurs n'ont vendu que 38 932 logements au premier semestre, un plus bas historique ;
- la capacité d'emprunt des ménages se réduit à mesure que les taux augmentent, dans le cadre des règles d'endettement fixées par le Haut Conseil de stabilité financière.
Les renégociations, un indicateur à part
Les statistiques de la Banque de France distinguent les nouveaux crédits et les renégociations, c'est-à-dire les crédits existants dont le taux est renégocié avec la banque ou qui sont rachetés par une autre. Les chiffres cités ci-dessus excluent les renégociations, qui faussent l'analyse de l'activité réelle du marché.
Avec la remontée des taux, l'intérêt de renégocier se réduit. Les renégociations, qui avaient fortement progressé lors des phases de baisse des taux, restent marginales dans le contexte actuel. Seuls les emprunteurs ayant souscrit au plus haut des taux, fin 2023, peuvent encore y trouver un avantage.
Ce que cela signifie pour les emprunteurs
Pour les ménages qui préparent un achat, le message est double. D'une part, les banques continuent de financer les projets solides, et les conditions restent accessibles pour les dossiers présentant un apport, des revenus stables et une bonne gestion. D'autre part, la tendance haussière des taux réduit progressivement le budget accessible, et la décision de la BCE de septembre devrait accentuer le mouvement dans les prochains mois.
Pour un emprunt de 200 000 euros sur 25 ans, la mensualité hors assurance atteint environ 980 euros à 3,32 %, contre environ 955 euros à 3,08 %, niveau approximatif du début de l'année. Sur la durée totale du prêt, la différence atteint près de 7 600 euros d'intérêts. Les étapes du financement d'un achat sont présentées dans notre rubrique Achat & Vente.
Quelles perspectives pour la fin d'année
Les prochains mois devraient être marqués par une hausse supplémentaire des taux, liée à la décision de la BCE et aux anticipations de nouveaux resserrements d'ici à la fin de l'année. Le taux d'usure, relevé à 5,40 % au 1er octobre pour les prêts de 20 ans et plus, limite le risque de blocage des dossiers.
La production pourrait s'en ressentir, d'autant que l'examen du budget 2027 et l'approche de l'élection présidentielle entretiennent l'attentisme. À l'inverse, certaines mesures en discussion, comme le projet de prêt à taux zéro destiné aux jeunes parents, pourraient soutenir la demande en 2027 si elles sont adoptées. Le suivi du marché est disponible dans notre rubrique Marché & Prix.
Questions fréquentes
Quel est le taux moyen des crédits immobiliers en août 2026 ?
3,32 % hors renégociations selon la Banque de France, après 3,30 % en juillet. L'Observatoire Crédit Logement/CSA mesure de son côté 3,31 % hors assurance.
Combien de crédits immobiliers ont été accordés en août 2026 ?
La production de nouveaux crédits à l'habitat, hors renégociations et corrigée des variations saisonnières, a atteint 12,2 milliards d'euros en août, contre 11,1 milliards en juillet.
Pourquoi les chiffres de la Banque de France diffèrent-ils de ceux de Crédit Logement ?
La Banque de France couvre l'ensemble des crédits accordés par les établissements de crédit. L'Observatoire Crédit Logement/CSA s'appuie sur les prêts garantis par Crédit Logement, sur un périmètre plus restreint. Les deux séries évoluent dans le même sens.
Les taux vont-ils continuer à monter ?
La tendance est à la hausse. La BCE a relevé ses taux en septembre et les marchés anticipent d'autres hausses d'ici à la fin de l'année. Les données de septembre devraient le confirmer.
Est-il encore intéressant de renégocier son crédit ?
Rarement, dans le contexte actuel de hausse des taux. Une renégociation peut rester intéressante pour les emprunteurs ayant souscrit au plus haut des taux, fin 2023, si l'écart avec les taux actuels est suffisant pour couvrir les frais.
Qu'est-ce que la production de crédits corrigée des variations saisonnières ?
C'est le montant des nouveaux crédits accordés au cours du mois, ajusté pour neutraliser les effets saisonniers habituels, comme le ralentissement du mois d'août. Cette correction permet de comparer l'activité d'un mois à l'autre et de dégager une tendance.
Quand seront publiés les chiffres de septembre ?
La Banque de France publie ses statistiques sur les crédits aux particuliers environ cinq semaines après la fin du mois. Les données de septembre 2026 sont attendues début novembre et devraient intégrer les premiers effets de la hausse des taux de la BCE.





