La Banque centrale européenne (BCE) a décidé le 10 septembre 2026 de relever ses trois taux directeurs de 0,25 point. À compter du 16 septembre, le taux de la facilité de dépôt passe à 2,50 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %. C'est la deuxième hausse de l'année, après celle de juin ; la BCE avait laissé ses taux inchangés en juillet.

Pour les emprunteurs, cette décision confirme le retournement du cycle des taux. Après deux années de baisse, les taux de crédit immobilier sont repartis à la hausse depuis le printemps 2026, et la politique monétaire plus restrictive de la BCE devrait prolonger ce mouvement dans les prochains mois. Voici comment la décision se transmet aux crédits et ce qu'elle change selon les situations.

Mise à jour du 25 octobre 2026. Depuis cette décision, le taux d'usure a été relevé au 1er octobre (5,40 % pour les prêts de 20 ans et plus) et le taux moyen des crédits immobiliers a atteint 3,40 % en septembre selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, contre 3,31 % en août. Le Conseil des gouverneurs de la BCE se réunit de nouveau les 28 et 29 octobre : la décision sera annoncée le 29 octobre à 14 h 15, sans nouvelles projections.

Ce qu'a décidé la BCE

Taux directeur Avant le 16 septembre 2026 À partir du 16 septembre 2026
Facilité de dépôt 2,25 % 2,50 %
Opérations principales de refinancement 2,40 % 2,65 %
Facilité de prêt marginal 2,65 % 2,90 %

Le taux de la facilité de dépôt, qui rémunère les liquidités que les banques déposent auprès de la banque centrale, est aujourd'hui le principal instrument de pilotage de la politique monétaire de la zone euro.

Pourquoi la BCE resserre sa politique

La BCE a justifié sa décision par la persistance de l'inflation, alimentée par le conflit au Moyen-Orient et ses effets sur les prix de l'énergie. Selon les projections de ses services publiées à cette occasion, l'inflation totale atteindrait en moyenne 3,0 % en 2026, avant de refluer à 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028, soit un retour progressif vers l'objectif de 2 %.

Le mandat de la BCE est la stabilité des prix. Lorsque l'inflation s'écarte durablement de son objectif, elle relève ses taux pour renchérir le crédit, freiner la demande et limiter la diffusion des hausses de prix aux salaires et aux autres biens et services.

Un cycle qui s'inverse

Cette hausse intervient après un cycle de baisse entamé en juin 2024. La BCE avait alors commencé à réduire ses taux, après les avoir fortement relevés en 2022 et 2023 pour combattre la poussée inflationniste qui avait suivi la crise sanitaire et le déclenchement de la guerre en Ukraine. Le taux de dépôt était ainsi redescendu à 2,00 % en 2025.

La reprise de l'inflation en 2026 a conduit la BCE à changer de cap : une première hausse en juin, puis celle de septembre. Les marchés financiers anticipent une poursuite du resserrement d'ici à la fin de l'année. Les prochaines réunions de politique monétaire se tiennent les 28 et 29 octobre (décision le 29) et le 17 décembre.

Comment la décision se répercute sur les crédits immobiliers

En France, l'immense majorité des crédits immobiliers sont accordés à taux fixe sur des durées de quinze à vingt-cinq ans. Leur taux ne dépend pas directement des taux directeurs de la BCE, mais de plusieurs éléments liés entre eux.

Le coût de refinancement des banques

Les banques financent leurs prêts à long terme en émettant des obligations sur les marchés et en collectant des dépôts. Lorsque la BCE relève ses taux et annonce une politique durablement plus restrictive, ces coûts de financement augmentent.

Les taux des emprunts d'État

Le taux de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) à dix ans, qui mesure le coût d'emprunt de l'État français, sert de référence pour les crédits immobiliers à taux fixe. Il intègre les anticipations de politique monétaire, mais aussi la perception par les investisseurs du risque budgétaire de la France. Dans un contexte de débat sur le budget 2027 et de déficit public élevé, ce taux est resté sous tension.

La marge des banques

Enfin, les banques fixent leurs barèmes en fonction de leurs objectifs commerciaux. En début d'année, de nombreux établissements cherchent à reconquérir des clients et compriment leurs marges ; en fin d'année, une fois leurs objectifs de production atteints, elles peuvent les relever.

Un effet progressif

La hausse des taux directeurs se diffuse donc avec un décalage de quelques semaines à quelques mois. Les taux de crédit avaient d'ailleurs commencé à monter avant même la décision de septembre, les banques anticipant le mouvement. Selon l'Observatoire Crédit Logement/CSA, le taux moyen des crédits immobiliers, resté autour de 3,2 % de février à avril, est reparti à la hausse : 3,26 % en juin, 3,31 % en août, puis 3,40 % en septembre. L'évolution des barèmes est suivie dans notre rubrique Crédit & Financement.

Ce que cela change selon votre situation

Vous avez déjà un crédit à taux fixe

Rien ne change. Le taux et les mensualités d'un prêt à taux fixe sont figés pour toute sa durée, quelle que soit l'évolution des taux de la BCE. Les emprunteurs qui ont souscrit en 2025 à des taux plus bas conservent cet avantage.

Vous avez un crédit à taux variable

Les prêts à taux variable, minoritaires en France, sont indexés sur un indice de marché, le plus souvent l'Euribor. Celui-ci suit étroitement les taux directeurs et leurs anticipations. La hausse se répercute donc à la prochaine date de révision prévue au contrat. Les prêts dits capés limitent la variation du taux à un plafond, par exemple un point au-dessus du taux initial, ce qui protège partiellement l'emprunteur.

Vous préparez un achat

La hausse réduit la capacité d'emprunt à mensualité constante. Sur un emprunt de 200 000 euros sur 25 ans, chaque hausse de 0,25 point du taux augmente la mensualité d'environ 26 euros, hors assurance, et le coût total du crédit de près de 7 900 euros. Pour un ménage dont la mensualité est plafonnée par la règle des 35 % d'endettement, cela se traduit par une baisse du montant empruntable.

Les acheteurs dont le projet est avancé ont intérêt à vérifier la durée de validité de leurs propositions de financement et la date de verrouillage du taux par la banque, qui intervient en général à l'émission de l'offre de prêt.

Vous envisagez une renégociation

Avec la remontée des taux, les opportunités de renégociation se raréfient. Une renégociation n'est en général intéressante que si l'écart entre le taux du prêt en cours et les taux du marché est significatif, et si le capital restant dû et la durée restante sont suffisants pour compenser les frais de l'opération. Les emprunteurs qui avaient souscrit en 2023, au plus haut des taux, peuvent encore y trouver un intérêt.

Taux fixe, variable ou capé : comment se protéger

La remontée des taux remet en lumière la question du type de taux. En France, le taux fixe domine très largement la production de crédits immobiliers : l'emprunteur connaît dès la signature le coût total de son crédit et ses mensualités ne bougent plus. C'est une protection forte en période de hausse des taux.

Le taux variable, indexé sur l'Euribor, peut démarrer légèrement en dessous du taux fixe, mais expose l'emprunteur à une hausse de ses mensualités ou à un allongement de la durée du prêt si les taux de marché montent. Dans un contexte où la BCE resserre sa politique, ce risque n'est pas théorique.

Le taux variable capé constitue un compromis : le taux peut varier, mais dans une limite fixée à l'avance, par exemple un point au-dessus ou au-dessous du taux initial. Certains contrats prévoient aussi une option de passage à taux fixe en cours de prêt. Les conditions de ces options, et notamment l'indice de référence et la fréquence de révision, doivent être examinées avec attention dans l'offre de prêt.

Quel que soit le choix, l'offre de prêt doit mentionner le taux annuel effectif global (TAEG), qui intègre les intérêts, l'assurance emprunteur, les frais de dossier et de garantie. C'est cet indicateur qui permet de comparer les offres entre elles.

Le taux d'usure, un plafond révisé chaque trimestre

Le taux d'usure est le taux maximal, exprimé en TAEG, auquel une banque peut légalement prêter. Il est fixé chaque trimestre par la Banque de France à partir des taux moyens pratiqués par les établissements au trimestre précédent, majorés d'un tiers. Il a été relevé au 1er octobre 2026 (5,40 % pour les prêts à taux fixe de 20 ans et plus, contre 5,29 % au trimestre précédent) et sera de nouveau révisé au 1er janvier 2027.

En période de hausse rapide des taux, le taux d'usure peut devenir un obstacle : un dossier dont le TAEG dépasse le plafond ne peut pas être financé, même si la banque est prête à prêter. Ce phénomène avait bloqué de nombreux dossiers en 2022 et 2023, avant que la révision du taux d'usure ne soit temporairement rendue mensuelle. La remontée progressive des taux moyens au cours de l'été 2026 a fait mécaniquement augmenter le plafond au 1er octobre, ce qui limite ce risque.

Les emprunteurs âgés ou présentant un risque de santé, dont l'assurance emprunteur est plus coûteuse, sont les plus exposés au taux d'usure, car le coût de l'assurance est intégré au TAEG.

Et pour l'épargne ?

La hausse des taux directeurs a aussi des effets sur l'épargne. Les rendements des comptes à terme et des fonds monétaires suivent l'évolution des taux à court terme et devraient progresser. Les livrets réglementés comme le Livret A obéissent à une formule de calcul qui tient compte de l'inflation et des taux interbancaires, et ne sont révisés qu'à des dates fixes. Le rendement des fonds en euros de l'assurance vie s'ajuste plus lentement, au rythme du renouvellement des portefeuilles obligataires des assureurs.

Quelles conséquences pour les prix de l'immobilier ?

La remontée des taux pèse sur la demande de logements, puisque la majorité des acheteurs empruntent. Elle s'ajoute à une conjoncture déjà fragile : selon l'indice Notaires-Insee publié le 8 septembre, les prix des logements anciens ont reculé de 1 % au deuxième trimestre 2026. Le marché du neuf est en recul encore plus marqué, avec moins de 40 000 ventes au premier semestre selon la Fédération des promoteurs immobiliers.

Une politique monétaire durablement plus restrictive pourrait prolonger cette phase d'ajustement des prix, en particulier pour les biens dont la demande repose le plus sur le crédit. Le suivi des prix est disponible dans notre rubrique Marché & Prix.

Questions fréquentes

Quel est le taux de dépôt de la BCE après la décision du 10 septembre 2026 ?

Il passe de 2,25 % à 2,50 % à compter du 16 septembre 2026. Le taux de refinancement passe à 2,65 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,90 %.

Mon crédit immobilier à taux fixe va-t-il augmenter ?

Non. Le taux d'un prêt à taux fixe est garanti pour toute sa durée. Seuls les prêts à taux variable peuvent être affectés, à leur date de révision.

Pourquoi la BCE remonte-t-elle ses taux ?

Pour lutter contre l'inflation, alimentée en 2026 par les prix de l'énergie liés au conflit au Moyen-Orient. Ses projections prévoient une inflation moyenne de 3,0 % en 2026.

Les taux de crédit immobilier vont-ils continuer à monter ?

La tendance est à la hausse, les marchés anticipant d'autres resserrements de la BCE d'ici à la fin de l'année. L'ampleur dépendra aussi des taux des emprunts d'État et de la politique commerciale des banques.

Quand a lieu la prochaine réunion de la BCE ?

Les prochaines réunions de politique monétaire se tiennent les 28 et 29 octobre (décision annoncée le 29) et le 17 décembre 2026.